Le retour de la politique industrielle ?

Trois économistes du Conseil d'analyse économique viennent de remettre une note sur ce sujet à Matignon et invitent à une politique plus transparente et efficace.

Après deux décennies marquées par le libéralisme, la crise a marqué le retour en grâce de la politique industrielle. A raison, estiment trois économistes du Conseil d’analyse économique (CAE) qui viennent de remettre une note sur le sujet à Matignon. Mais l’Etat devrait faire des efforts de transparence et d’efficacité, estiment-ils. Car l’industrie change. Les usines existent encore, mais sont peu à peu remplacées par des centres de données, des centres de R & D… L’industrie est de plus en plus tournée vers les services.

« Aujourd’hui, le périmètre de l’industrie est flou. En réalité, de plus en plus, l’industrie vend des services », explique Lionel Fontagné, économiste et auteur de l’étude. « Un tiers des entreprises qui se disent industrielles en France déclarent vendre majoritairement des services ». Ainsi, Rolls Royce, en plus des moteurs d’avions, vend des logiciels de sécurité dans l’aéronautique. A l’inverse, Apple est considéré comme une entreprise de services alors qu’elle pourrait très bien faire partie de l’industrie. Certes, la marque à la pomme ne possède pas d’usines mais elle conçoit les iPhone, elle en transfère la production tout en conservant la propriété intellectuelle, elle organise la chaîne de valeur et contrôle l’accès aux consommateurs.

Pour Lionel Fontagné, l’Etat est fondé à mener une politique industrielle, si elle n’est pas conçue comme dans les trente glorieuses. Les pôles de compétitivité permettent de mieux articuler la recherche publique et privée. Le crédit impôt recherche (CIR) permet de lancer des projets qui bénéficieraient à l’ensemble de l’économie et la Banque publique d’investissement finance des start-up et des PME en cas de défaillance du marché.

Des industriels à la tête de commissions

Mais il existe des risques. Le premier est que les intérêts privés orientent les décisions de politique industrielle en leur faveur et captent les deniers publics. « La puissance publique n’a pas les informations qui lui permettent d’intervenir, explique Lionel Fontagné. Elle doit donc faire en sorte que l’information lui parvienne. Pour cela, la méthode classique est de créer des commissions en mettant à leur tête des industriels », . Dans les 34 plans de la « Nouvelle France industrielle » mis en place par Arnaud Montebourg, la plupart des projets sont pilotés par un chef d’entreprise du secteur concerné. « Il faut une transparence totale dans la composition des commissions et y faire rentrer des experts indépendants », avance l’économiste.
L’autre risque est que les projets financés par l’Etat ne puissent pas être arrêtés, même s’ils courent à l’échec en raison des pressions locales au niveau politique. Là, selon Lionel Fontagné, « il faut introduire des règles d’extinction des projets ou obliger l’Etat à investir aux côtés d’investisseurs privés. »

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